Le coup de cœur du mois :
Civilisation.

Comment nous sommes devenus américain.

   C’est encore une relecture pour moi.
A sa sortie en librairie je n’étais sans doute pas « disponible » pour mesurer l’intérêt de cet ouvrage…
   Dans le contexte géopolitique mondiale dans lequel nous nous trouvons aujourd’hui la pertinence de cet essai de Régis Debray prend une place de choix.

   4 eme de couverture :

   C’est quoi, une civilisation ? Comment ça nait, comment ça meurt ? L’effacement de la nôtre nous aide à répondre à ces questions vieilles comme le monde.
De la CIA au rap, de House of Cards à Baron noir, des primaries à nos primaires, c’est cette imprégnation de notre culture nationale par la civilisation américaine que Régis Debra dévoile avec une gaieté frondeuse, en reliant les menus faits de notre quotidiens à l’histoire longue de l’humanité.

   Illustrée par l’exemple de la Grèce antique face à l’Empire romain, l’invariable grammaire des transferts d’hégémonie éclaire notre présent d’une façon insolite et pénétrante.

   Une prise de recul qui, tout en abordant de plein fouet l’actualité, surprendra également pro- et anti américains.

Page 85 :
   …Et la séquence retenue, le court XXe siècle, qui commence juste après la saignée de la Grande Guerre (un million sept cent mille morts dans nos rangs, plus de quatre millions d’invalides et de blessés), a son arbitraire. Le même exercice devrait ans doute, pour les Britanniques, débuter en 1945 (et pour l’Empire britannique, en 1942, chute de Singapour). Dans le recul, la France a pris de l’avance sur la Grande-Bretagne, mais pour les deux, la guerre aura servi de déclic. C’est une fausse victoire militaire (1918) et une authentique, mais épuisante victoire (1945) qui ont déclenché ici et là la descente du podium. » Pomelos est le père de toutes choses » (Héraclite) – du meilleur comme du pire.

   1919, traité de Versailles. Pour la première fois depuis deux siècles, le texte d’un accord international ne fait plus foi. Le président Wilson exige une version en anglais. Le français cesse d’être la langue de la diplomatie.

   1920, fondation à New York, par Duchamp et Man Ray, de la Société anonyme, un lieu pour exposer de l’ art moderne. » L’homme le plus intelligent et pour beaucoup le plus gênant de cette première partie du XXe siècle »(André Breton sur Duchamps) s’est installé aux états Unis dès 1915. L’urinoir signé R.Mutt, le célèbre ready-made, est exposé à New York en 1917 (derrière un écran.

   1925, la Metro Goldwyn Mayer rachète les parts du Crédit commerciale de France de la société Gaumont. Confirmation du transfert de l’usine à rêves de Paris vers Hollywood.

   1926, Charles Pathé abandonne à Kodak le monopole de la fabrication du film vierge, qu’il avait arraché à George Eastman avant la guerre.

   1927, Warner Bros produit le premier film parlant, le chanteur de jazz. » Si cela marche, a dit le producteur, le monde entier parlera anglais » (L’image sonore n’arrivera en France qu’en 1930)…

Plusieurs auteurs réfléchissent chacun à leur manière et avec leur problématique propre.
Une précédente lecture :

Contre la pensée unique

Chez Odile Jacob

   Sortie en 2013, ce livre est un appel à la résistance. Quand l’essentiel n’est plus distingué de l’accessoire, quand les projets intellectuels de haute volée se heurtent à la puissante inertie de la médiocrité ambiante et des petits desseins, quand l’uniformisation s’installe dans les goûts, les idées, dans la vie quotidienne, dans la conception même de l’existence, alors la pensée unique domine. La langue anglaise domine le monde et sert aujourd’hui de support à cette pensée unique. Mais le français est bien vivant. Et nombreux sont ceux, de par le monde, qui en mesurent l’apport au combat de l’homme pour la liberté de l’esprit. C’est l’objet de ce livre que de proposer de nouvelles pistes pour déployer encore plus largement de nouvelles formes d’inventivité et de créativité.

   Claude Hagège est linguiste, professeur honoraire au Collège de France et lauréat de la médaille d’or du CNRS. Il est l’auteur de livres qui sont d’immenses succès : Le Français et les Siècles, Le Souffle de la langue, L’Enfant aux deux langues, Halte à la mort des langues et Combat pour le français.